Plusieurs définitions de l'intuition chapitre 2/2 L'intuition selon Carl Gustav Jung Psychiatre et Rupert Sheldrake Dr en biologie
Par CATHERINE BIDAN le vendredi 26 juin 2009, 11:53 - L'intelligence intuitive et coaching - Lien permanent
L’Intuition selon Carl Gustav Jung Psychiatre : Par delà les choses…la psychologie des profondeursJung considère que la personnalité consciente est un savant mélange, idiosyncrasique, de quatre fonctions :
• la Pensée
• l' Intuition
• le Sentiment
• la Sensation
s'opposant l'une à l'autre et formant comme un schéma cardinal. Deux sont dites rationnelles car elles émettent un jugement : soit de l'ordre de la logique : Pensée et soit de l'ordre de l'affectif : Sentiment ; et deux sont dites irrationnelles car elles se fondent sur une perception : soit de l'ordre global sans en voir le cheminement : Intuition, soit de l'ordre corporel : Sensation. Chaque individu possède les quatre fonctions à des degrés d'évolution différents, dues à l'éducation et à la socialisation, qui en déterminent le mélange. La fonction principale sera la plus consciente, à la disposition de la volonté. C'est la plus développée, celle avec laquelle on est le plus à l'aise pour se diriger dans le monde et s'y adapter ; d'elle viennent les certitudes sur la vie, les principes. Deux autres fonctions plus ou moins développées, dites auxiliaires, antagonistes de celles conscientes puisqu'elles s'opposent nécessairement deux à deux. Elles aident la fonction principale à l'adaptation du moi au réel mais plongent également dans l'inconscient personnel, d'où elles peuvent constituer des refoulements.
JUNG : la psychologie des profondeurs
Jung fut le premier à semer le trouble dans les esprits cartésiens. Pour lui, seul l'inconscient est stable dans sa continuité, ce que l'on ne pourrait prétendre du conscient : La conscience n'est pas continue. On parle, il est vrai de la continuité de la conscience; mais, en réalité cette continuité n'existe pas et l'impression qu'on en ressent n'est que l'œuvre du souvenir. La conscience est intermittente, interrompue. Si on fait la somme des phases conscientes d'une vie humaine, on arrive à la moitié ou aux deux tiers de sa durée totale, le reste étant fait de vie inconsciente : durant la nuit on est la proie du sommeil et durant la journée nombreuses aussi sont les heures où l'on n'est conscient qu'à moitié ou aux trois quarts. Il n'y a au fond que peu de moments où l'on soit réellement conscient, où la conscience atteigne un certain niveau et une certaine intensité ... L'inconscient, en revanche, est un état constant, durable, qui, dans son essence, se perpétue semblable à lui-même... Tandis que nous écoutons, parlons, lisons, notre inconscient continue de fonctionner, quoique nous n'en remarquions rien... On peut montrer que l'inconscient tisse perpétuellement un vaste rêve qui, imperturbable, va son chemin au-dessous de la conscience, parfois émergeant la nuit en un songe, ou causant dans la journée de singulières petites perturbations. Certaines personnes, douées d'une forte intuition et de la faculté de percevoir leurs processus intérieurs, ou au moins de les pressentir, racontent pouvoir aussi observer des fragments de ce rêve à l'état de veille, sous forme d'idées soudaines, d'imaginations " .
Si Jung reconnaît que la conscience est localisée dans les hémisphères cérébraux dont elle est une fonction, le reste de la psyché serait localisé quelque part ailleurs !
Mais où se situerait ce quelque part ailleurs? Dans L'Homme à la Découverte de son âme, il se réfère aux Primitifs qui soutiennent que la pensée a son siège dans le cœur ou dans le ventre, ce que certaines traditions, et en particulier, les Hindous appellent le Hara. Vaste question!
__ Jung détermine quatre fonctions inhérentes à la conscience : la sensation, la pensée, l'intuition et le sentiment. Voici ce qu'il dit de l'intuition :__
L'intuition est une fonction que, normalement, on emploie peu pour autant que l'on vive une vie régulière, entre quatre murs, astreints à un travail routinier. Mais si on s'occupe de bourse ou si on se trouve dans l'Afrique Centrale, on emploie ces " hunches " ( I've got a hunch : j'ai une impression, une idée - locution employée dans le slang américain pour désigner l'intuition) tout comme autre chose.
Vous ne pouvez pas, par exemple, calculer si à un détour de la brousse vous n'allez pas vous trouver face à face avec un tigre ou un rhinocéros, mais vous avez un " hunch" et cela vous sauvera peut-être la vie. Les gens qui vivent exposés aux conditions naturelles font un grand usage de l'intuition ; elle est employée aussi par tous ceux qui risquent quelque chose dans un domaine inconnu, qui sont des pionniers d'une manière ou d'une autre : les inventeurs, les juges etc... Dès que l'on se trouve en présence de conditions nouvelles, encore vierges de valeurs et de concepts établis, on dépend de cette faculté d'intuition.
Toujours pour Jung, l'intuition, en tant que fonction irrationnelle, n'est pas pour l'intellect, facile à cerner; il la définit comme une perception via inconscient, perception qui nous parvient à travers les couches subliminales de notre être ( Sub = au-dessous, limen = seuil ; subliminal : situé au-dessous du seuil de la conscience). Je ne peux m'empêcher de vous citer encore ce passage qui, à lui seul, résume la merveilleuse nécessité de l'intuition :
L'intuition est une fonction très naturelle, parfaitement normale et nécessaire ; elle s'occupe de ce que nous ne pouvons ni sentir, ni penser, parce que cela manque de réalité, comme le passé qui n'en a plus et l'avenir qui n'en a pas autant que nous le pensons. Nous devons être très reconnaissants au ciel de posséder une fonction qui nous octroie certaines lumières sur ce qui est " par-delà les choses". Naturellement, les médecins, qui se trouvent souvent en présence de circonstances énigmatiques ont le plus grand besoin de l'intuition. Plus d'un bon diagnostic est l'œuvre de cette mystérieuse fonction.
Bon nombre de lecteurs du début du XXe siècle ont dû se dire que Jung était un fou dangereux, bon à enfermer ! Et, pourtant ... Dans L'homme et ses symboles, il écrit : L'imagination et l'intuition sont indispensables à notre compréhension. Bien que, selon une opinion populaire, elles soient surtout précieuses pour les poètes et les artistes (et que, dans les affaires raisonnables il ne faille pas s'y fier), ces qualités sont en réalité tout aussi indispensables aux échelons supérieurs de la science. Elles y jouent un rôle d'une importance croissante qui complète celui de l'intelligence " rationnelle " et de son application à un problème particulier. Même la physique, la plus rigoureuse des sciences appliquées, dépend à un point étonnant de l'intuition, qui agit par l'inconscient (bien qu'il soit possible, après coup, de reconstituer le processus logique qui eût conduit au même résultat que l'intuition).
Il reconnaissait également que la perception intuitive peut se manifester de diverses manières :
Il reconnaissait également que la perception intuitive peut se manifester de diverses manières : physiquement (on " flaire " un danger sans qu'aucun indice apparaisse. Personnellement, j'ai l'impression d'entendre des sifflements ou d'avoir une électricité statique incroyable sur ma peau ! ) ; Émotionnellement (c’est l'attrait ou le rejet immédiat pour quelqu’un) ; sur le plan mental (on résout brusquement un problème intellectuel) ; quant au niveau spirituel, il est souvent associé à l'expérience mystique de l'ordre de la révélation.
Pour Jung, l'intuition provient d'une connection de la personne, de son conscient, avec les couches les plus profondes de son inconscient, mais surtout de l'inconscient collectif : les archétypes et les symboles. L'inconscient collectif est une véritable banque de données : il a accumulé toutes les expériences de l'univers et des êtres humains. Ainsi l'homme est en possession de bien des choses qu'il n'a jamais acquises par lui-même mais qu'il a héritées de ses ancêtres :.
L'homme ne naît pas tabula rasa mais simplement inconscient. Il apporte en naissant des systèmes organisés spécifiquement humains et prêts à fonctionner, qu'il doit aux milliers d'années de l'évolution humaine ... à sa naissance, l'homme apporte le dessin fondamental de son être, non seulement de sa nature individuelle mais aussi de sa nature collective. Les systèmes hérités correspondent aux situations humaines qui prévalent depuis les temps les plus anciens, ce qui veut dire qu'il y a jeunesse et vieillesse, naissance et mort, il y a fils et filles, pères et mères, il y a accouplement etc... Seule la conscience individuelle vit ces divers facteurs pour la première fois. Pour le système corporel et pour l'inconscient, ce n'est pas nouveau.
Jung avance l'hypothèse d'un continuum psycho-physique :
La psyché que l'on a tendance à prendre comme un fait subjectif s'étend en dehors de nous, hors du temps, hors de l'espace... Plus les couches sont profondes et obscures, plus elles perdent de leur originalité individuelle. Plus elles sont profondes, c'est-à-dire plus elles se rapprochent des systèmes fonctionnels autonomes, plus elles deviennent collectives et finissent par s'universaliser et par s'éteindre dans la matérialité du corps, c'est-à-dire dans les corps chimiques. Le carbone du corps humain est simplement carbone ; au plus profond d'elle-même, la psyché n'est plus qu'univers.
L’Intuition selon Rupert Sheldrake Dr en biologie : La mémoire de l’univers, résonance morphique.
Spécialiste de la biochimie et de la biologie cellulaire, Rupert Sheldrake soutient une thèse qui, à sa manière, rejoint tout à fait la pensée de Jung. Pour Sheldrake, la mémoire est inhérente à la nature. Les systèmes naturels, tels que des colonies de termites, des pigeons, des orchidées, des molécules d'insuline héritent d'une mémoire collective renfermant tous les phénomènes concernant leur espèce, aussi distants soient-ils dans l'espace et dans le temps :
Au fil de sa croissance, une hirondelle vole, se nourrit, lisse ses plumes, migre, se reproduit et nidifie comme l'ont fait toutes les hirondelles avant elle. Elle hérite de l'instinct de son espèce via d'invisibles influences agissant à distance; celles-ci ont pour effet de rendre, en quelque sorte, le comportement d'hirondelles passées, présent en elle. Elle est formée par la mémoire collective de son espèce, qu'elle contribue à son tour à former...
Tous les humains puisent également dans une mémoire collective, qu'à leur tour, ils contribuent à façonner... Lorsqu'une activité nouvelle devient à la mode parmi les hommes, le surf, par exemple, son apprentissage devrait être de plus en plus aisé au fil de temps, pour la simple raison qu'un nombre toujours plus important d'individus s'y adonnent... Ainsi nos habitudes personnelles peuvent-elles dépendre d'influences cumulatives de notre comportement passé, avec lesquelles nous entrons en " résonance ".
Ainsi le passé peut devenir présent de manière directe ! Il nous suffit de rentrer en résonance, de nous brancher sur cette mémoire collective- l'inconscient collectif de Jung - pour que se mettent en marche certains phénomènes irrationnels comme l'intuition.
Sheldrake avance l'hypothèse de la causalité formative. Celle-ci suggère que la nature des choses dépend de champs, des champs morphiques. Chaque type de système naturel possède son propre type de champ ; il y a un champ pour l'insuline, un champ pour le hêtre, un champ pour l'hirondelle etc... Ces champs façonnent les différents types d'atomes, de molécules, de cristaux, d'organismes vivants, de sociétés, de coutumes et de modes de pensée.
Les champs morphiques, comme les champs connus de la physique, sont des régions d'influence non matérielles s'étendant dans l'espace et se prolongeant dans le temps. Quand un système organisé particulier cesse d'exister - lorsqu'un atome est désintégré, lorsqu'un flocon de neige fond, ou qu'un animal meurt - son champ organisateur disparaît du lieu spécifique où existait le système. Mais, dans un autre sens, les champs morphiques ne disparaissent pas : ce sont des schémas d'influence organisateurs potentiels, susceptibles de se manifester à nouveau, en d'autres temps, en d'autres lieux, partout où et à chaque fois, que les conditions physiques seront appropriées. Quand c'est le cas, ils renferment une mémoire de leurs existences physiques antérieures.
Les travaux de Rupert Sheldrake ouvrent, après ceux de Jung, la voie royale des phénomènes intuitifs : ils éclairent le processus de transmission de l'information entre soi et soi, entre soi et les autres hommes ou entre soi et la nature, sans limite d'espace ni de temps. Par résonance morphique, chacun est capable de se mettre en harmonie avec l'objet de connaissance, consciemment ou inconsciemment, et de communiquer avec le champ d'informations correspondant.
Rupert Sheldrake dans L'Ame de la Nature donne l'exemple des lieux sacrés ! Qui n'a pas une fois dans sa vie ressenti d'étranges perceptions; le sentiment de déjà vu, déjà vécu, dans une église, un temple, ou même à l'étranger dans des lieux particulièrement chargés de mémoire collective sacrée ?
L'événement passé peut, en un sens, redevenir présent et donc agir comme une sorte de porte d'accès à des domaines d'expérience transcendant les limites ordinaires de l'espace et du temps. Je crois qu'il est important de reconnaître la réalité de ces expériences, de même qu'il est tout aussi essentiel de reconnaître l'authenticité de certaines expériences directes de la nature dans le désert, à la campagne, en forêt, en montagne, en mer, partout où il nous est arrivé de nous sentir avec le monde vivant. Mais, une fois retourné à notre existence quotidienne, nous avons souvent tendance à minimiser, voire à nier, ces expériences. Comme le dit si bien Sheldrake : Nos expériences directes, intuitives de la nature sont plus réelles que des théories, qui ne suivent jamais que des modes du moment.
