Il reconnaissait également que la perception intuitive peut se manifester de diverses manières : physiquement (on " flaire " un danger sans qu'aucun indice apparaisse. Personnellement, j'ai l'impression d'entendre des sifflements ou d'avoir une électricité statique incroyable sur ma peau ! ) ; Émotionnellement (c’est l'attrait ou le rejet immédiat pour quelqu’un) ; sur le plan mental (on résout brusquement un problème intellectuel) ; quant au niveau spirituel, il est souvent associé à l'expérience mystique de l'ordre de la révélation.

Pour Jung, l'intuition provient d'une connection de la personne, de son conscient, avec les couches les plus profondes de son inconscient, mais surtout de l'inconscient collectif : les archétypes et les symboles. L'inconscient collectif est une véritable banque de données : il a accumulé toutes les expériences de l'univers et des êtres humains. Ainsi l'homme est en possession de bien des choses qu'il n'a jamais acquises par lui-même mais qu'il a héritées de ses ancêtres :.

L'homme ne naît pas tabula rasa mais simplement inconscient. Il apporte en naissant des systèmes organisés spécifiquement humains et prêts à fonctionner, qu'il doit aux milliers d'années de l'évolution humaine ... à sa naissance, l'homme apporte le dessin fondamental de son être, non seulement de sa nature individuelle mais aussi de sa nature collective. Les systèmes hérités correspondent aux situations humaines qui prévalent depuis les temps les plus anciens, ce qui veut dire qu'il y a jeunesse et vieillesse, naissance et mort, il y a fils et filles, pères et mères, il y a accouplement etc... Seule la conscience individuelle vit ces divers facteurs pour la première fois. Pour le système corporel et pour l'inconscient, ce n'est pas nouveau. Jung avance l'hypothèse d'un continuum psycho-physique :

La psyché que l'on a tendance à prendre comme un fait subjectif s'étend en dehors de nous, hors du temps, hors de l'espace... Plus les couches sont profondes et obscures, plus elles perdent de leur originalité individuelle. Plus elles sont profondes, c'est-à-dire plus elles se rapprochent des systèmes fonctionnels autonomes, plus elles deviennent collectives et finissent par s'universaliser et par s'éteindre dans la matérialité du corps, c'est-à-dire dans les corps chimiques. Le carbone du corps humain est simplement carbone ; au plus profond d'elle-même, la psyché n'est plus qu'univers.

L’Intuition selon Rupert Sheldrake Dr en biologie : La mémoire de l’univers, résonance morphique.

Spécialiste de la biochimie et de la biologie cellulaire, Rupert Sheldrake soutient une thèse qui, à sa manière, rejoint tout à fait la pensée de Jung. Pour Sheldrake, la mémoire est inhérente à la nature. Les systèmes naturels, tels que des colonies de termites, des pigeons, des orchidées, des molécules d'insuline héritent d'une mémoire collective renfermant tous les phénomènes concernant leur espèce, aussi distants soient-ils dans l'espace et dans le temps :
Au fil de sa croissance, une hirondelle vole, se nourrit, lisse ses plumes, migre, se reproduit et nidifie comme l'ont fait toutes les hirondelles avant elle. Elle hérite de l'instinct de son espèce via d'invisibles influences agissant à distance; celles-ci ont pour effet de rendre, en quelque sorte, le comportement d'hirondelles passées, présent en elle. Elle est formée par la mémoire collective de son espèce, qu'elle contribue à son tour à former... Tous les humains puisent également dans une mémoire collective, qu'à leur tour, ils contribuent à façonner... Lorsqu'une activité nouvelle devient à la mode parmi les hommes, le surf, par exemple, son apprentissage devrait être de plus en plus aisé au fil de temps, pour la simple raison qu'un nombre toujours plus important d'individus s'y adonnent... Ainsi nos habitudes personnelles peuvent-elles dépendre d'influences cumulatives de notre comportement passé, avec lesquelles nous entrons en " résonance ".
Ainsi le passé peut devenir présent de manière directe ! Il nous suffit de rentrer en résonance, de nous brancher sur cette mémoire collective- l'inconscient collectif de Jung - pour que se mettent en marche certains phénomènes irrationnels comme l'intuition.
Sheldrake avance l'hypothèse de la causalité formative. Celle-ci suggère que la nature des choses dépend de champs, des champs morphiques. Chaque type de système naturel possède son propre type de champ ; il y a un champ pour l'insuline, un champ pour le hêtre, un champ pour l'hirondelle etc... Ces champs façonnent les différents types d'atomes, de molécules, de cristaux, d'organismes vivants, de sociétés, de coutumes et de modes de pensée. Les champs morphiques, comme les champs connus de la physique, sont des régions d'influence non matérielles s'étendant dans l'espace et se prolongeant dans le temps. Quand un système organisé particulier cesse d'exister - lorsqu'un atome est désintégré, lorsqu'un flocon de neige fond, ou qu'un animal meurt - son champ organisateur disparaît du lieu spécifique où existait le système. Mais, dans un autre sens, les champs morphiques ne disparaissent pas : ce sont des schémas d'influence organisateurs potentiels, susceptibles de se manifester à nouveau, en d'autres temps, en d'autres lieux, partout où et à chaque fois, que les conditions physiques seront appropriées. Quand c'est le cas, ils renferment une mémoire de leurs existences physiques antérieures. Les travaux de Rupert Sheldrake ouvrent, après ceux de Jung, la voie royale des phénomènes intuitifs : ils éclairent le processus de transmission de l'information entre soi et soi, entre soi et les autres hommes ou entre soi et la nature, sans limite d'espace ni de temps. Par résonance morphique, chacun est capable de se mettre en harmonie avec l'objet de connaissance, consciemment ou inconsciemment, et de communiquer avec le champ d'informations correspondant.

Rupert Sheldrake dans L'Ame de la Nature donne l'exemple des lieux sacrés ! Qui n'a pas une fois dans sa vie ressenti d'étranges perceptions; le sentiment de déjà vu, déjà vécu, dans une église, un temple, ou même à l'étranger dans des lieux particulièrement chargés de mémoire collective sacrée ?

L'événement passé peut, en un sens, redevenir présent et donc agir comme une sorte de porte d'accès à des domaines d'expérience transcendant les limites ordinaires de l'espace et du temps. Je crois qu'il est important de reconnaître la réalité de ces expériences, de même qu'il est tout aussi essentiel de reconnaître l'authenticité de certaines expériences directes de la nature dans le désert, à la campagne, en forêt, en montagne, en mer, partout où il nous est arrivé de nous sentir avec le monde vivant. Mais, une fois retourné à notre existence quotidienne, nous avons souvent tendance à minimiser, voire à nier, ces expériences. Comme le dit si bien Sheldrake : Nos expériences directes, intuitives de la nature sont plus réelles que des théories, qui ne suivent jamais que des modes du moment.